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MON ENCRIER

d’avoir emprunté, pour bâtir, quelques matériaux aux autres peuples : mais quel grand constructeur n’en est là, et faudra-t-il donc enlever maintenant aux Français, sous prétexte que Molière et Corneille se sont inspirés des Espagnols, la gloire de leur XVIIe siècle ? Les Allemands ont subi des « influences », leur grand œuvre scientifique n’a pas éclos par génération spontanée : et après ?

Voilà donc ce qu’à propos des Allemands, en ces derniers temps, j’ai dit ou pensé. Sans aller aussi loin que ces messieurs de l’Université de France, qui depuis vingt-cinq ans enseignaient officiellement, il y a six mois encore, que l’Allemagne — et non la France — est « la seconde patrie de tout homme qui pense », j’ai dit que l’Allemagne était, avec la France, la nation la plus cultivée de l’univers.

Et si je l’ai dit, ce n’est pas parce qu’à l’Action l’on n’admire pas la France, nos lecteurs habituels s’en douteront bien un peu. C’est au contraire parce que nous éprouvons pour elle l’admiration non-seulement la plus ardente, mais encore la plus réfléchie. C’est parce que nous avons une foi trop solide en son génie, c’est parce que nous la plaçons trop haut dans nos pensées, pour pouvoir jamais craindre qu’elle ait à souffrir de la justice donnée à une autre nation.

Si nous la connaissions moins, nous pourrions,