Page:Fournier - Mon encrier (recueil posthume d'études et d'articles choisis dont deux inédits), Tome I, 1922.djvu/132

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ÉLARGISSEZ-VOUS LE FRONT !

peut-être, le craindre. Mais nous savons trop ce qu’elle est, et quel merveilleux degré de supériorité, même à l’égard de l’Allemagne, elle représente dans l’échelle de la civilisation. Nous l’avons dit ici il n’y a pas si longtemps : tout ce que l’Allemagne, au prix de patients labeurs, avait pu conquérir de richesses intellectuelles, la France se l’est approprié depuis longtemps et elle se l’est complètement assimilé. Elle le possède aujourd’hui, « repensé » par son clair cerveau, allégé de toutes les obscurités, de toutes les longueurs, de tout le pédantisme germaniques. Et elle a en plus — ce que l’Allemagne n’a pas, n’aura jamais, — elle a le trésor de ses qualités proprement françaises : la mesure et la clarté, la délicatesse et le savoir-vivre, l’esprit et la gaieté. Elle a la souplesse, elle a la grâce, elle a le charme. Elle a, enfin, de la culture, à la fois la fleur et le fruit. Cet héritage, qu’elle tient de ses ancêtres les Grecs, il faudra plus pour le lui ravir que tous les plus gros canons du Kaiser juchés sur tous les plus gros tomes de la science germanique.

Il faudra plus surtout que de reconnaître à l’Allemagne la place éminente qu’elle tient dans la pensée contemporaine.

Ceux qui en douteraient peuvent bien aimer la France d’instinct, ils ne la connaissent pas. Ils n’ont en elle qu’une foi vacillante et mal éclairée. Autrement ils comprendraient que la France n’a