Page:Fournier - Mon encrier (recueil posthume d'études et d'articles choisis dont deux inédits), Tome I, 1922.djvu/20

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LETTRE OUVERTE

se. Ce sont eux qui nous ont enlevé toute part de direction dans cette entreprise qu’on disait destinée à honorer l’un des nôtres. Ce sont eux qui ont trouvé moyen de faire de cette fête en l’honneur du fondateur de Québec une manifestation en l’honneur du conquérant de la Nouvelle-France. Nous retrouvons ici tous leurs procédés. Sous la différence de formes, imposée par la différence de mœurs et de circonstances, c’est le même sans-gêne, la même arrogance, le même parti pris brutal d’ignorer les sentiments d’une autre race.

Ce sont ces gens-là encore qui vous ont décidé à venir au Canada pour prendre part aux fêtes de Québec. Ils ont voulu se servir de vous, de votre nom, de votre prestige, pour donner plus d’éclat à cette célébration, et étouffer d’avance les protestations qu’elle aurait pu soulever. Ils sont allés vous trouver et ils vous ont dit que tous les Canadiens n’avaient qu’un cœur et qu’une âme en vue des prochaines fêtes et que tous en parlaient avec un égal enthousiasme. Altesse, on vous a trompée sur la situation. Croyant venir participer à une fête qui réunissait tous les Canadiens, vous êtes en réalité venue donner votre concours à une coterie qui ne représente les idées que d’une infime partie de la nation.

Les Canadiens de langue française voulaient