Page:Fournier - Mon encrier (recueil posthume d'études et d'articles choisis dont deux inédits), Tome I, 1922.djvu/24

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LETTRE OUVERTE

se aux pots-de-vin et par la chasse aux décorations, ils n’ont pas trouvé un seul moment à nous donner.

Voilà, Altesse, les hommes que vous avez rencontrés et qui vous ont renseignés sur nos sentiments.

Dieu merci ! nous valons mieux qu’eux. Si tous les Canadiens français leur ressemblaient, vous auriez eu raison de croire que nous avions assez peu de dignité pour nous contenter de la mascarade impérialiste de lord Grey, et en réalité ceux-là n’auraient pas tort qui prévoient la disparition prochaine de notre nationalité. Nous serions mûrs pour la tombe, et les fêtes du IIIe centenaire pourraient tout aussi bien être nos funérailles.

Mais ces gens-là ne sont pas les Canadiens français. Ils incarnent une époque de défaillance qui tire à sa fin. Ils représentent la génération qui s’en va, et la génération qui se lève les méprise.

Ce n’est pas aux hommes de cette nouvelle génération que lord Grey aurait osé soumettre son projet de manifestation impérialiste, car ceux-ci ont conscience de leur dignité et de leur devoir. Ce sont eux qui nous tireront de l’ornière où leurs précécesseurs nous ont tenus pendant quarante ans.

Quoique l’heure soit sombre, et en dépit de