Page:Fournier - Mon encrier (recueil posthume d'études et d'articles choisis dont deux inédits), Tome I, 1922.djvu/37

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MON ENCRIER.

penser à autre chose. Quel beau jour que celui où l’on vendrait dans les rues de Montréal, au lieu des haillons que vous connaissez, des journaux aux trois-quarts immaculés, dont on pourrait faire, suivant les besoins du jour et de l’heure, des cahiers de collégiens, des sacs à cassonade, des carnets pour les patates frites, des cerfs-volants, ou même des statues pour M. Gouin, quand le gouvernement de la province de Québec, au nom de la Patrie reconnaissante, aura décidé d’honorer de la sorte ce grand citoyen !

Si le journalisme, au Canada, doit remplir une mission, elle est là, — bien plus que dans l’art, hélas ! trop facile, de berner les pauvres gens avec des histoires à dormir debout. — Le journal blanc ! tel doit être désormais le mot d’ordre ; et non pas seulement blanc aux trois-quarts, mais tout blanc, entièrement blanc, blanc comme la neige, comme le lait, comme le lis de la vallée, blanc comme une âme d’échevin !

Oui, décidément, ce serait là un grand pas de fait !… d’ici, bien entendu, qu’on ait pu abolir tous les journaux, ce qui serait un bien autrement rude service à rendre à l’humanité. Mais la marche du progrès est lente.

Jeudi.

Nous approchons du port. La traversée ne m’aura pas été trop dure. Malgré roulis et tangage, je suis demeuré tout le temps sur le