Page:Fournier - Mon encrier (recueil posthume d'études et d'articles choisis dont deux inédits), Tome I, 1922.djvu/53

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MON ENCRIER

Le fait ne serait pas sans précédent dans les annales judiciaires.

L’histoire ancienne nous offre là-dessus un exemple qui dépasse encore en grandeur les exploits identiques des juges de notre beau pays. Cn. Dolabella, qui fut proconsul en Asie, était un type un peu dans le genre de M. Jetté. Un jour qu’il avait à disposer d’une cause « merveilleusement obscure et difficile », il se trouva dans une telle perplexité " que pour la décision il envoya — nous conte à ce sujet le maître François Rabelais[1] — ès Aréopagites, en Athènes, entendre quel seroit sur ce leur advis et jugement. Et les Aréopagites d’Athènes, qui valaient bien, je pense, ceux de la Cour d’Appel de Québec, — les Aréopagites firent réponse « que cent ans après personnellement on leurs envoiast les parties contendantes, afin de respondre à certains interrogatoires qui n’estaient on (au) procès verbal contenuz. C’estoit à dire que tant grande leurs sembloit la perplexité et obscurité de la matière qu’ilz ne sçavoient qu’en dire ne juger. »

M. François Langelier ne connaît peut-être, pour sa part, aucune objection à un semblable arrangement.

Mais quant à nous, c’est autre chose : pour rien au monde nous ne voudrions nous exposer

  1. Pantagruel, Tiers livre, chapitre XLIV.