Page:Fournier - Mon encrier (recueil posthume d'études et d'articles choisis dont deux inédits), Tome I, 1922.djvu/63

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MON ENCRIER

Ils n’ont malheureusement encore ni députés ni ministres, n’étant pas, comme nous, un peuple éclairé. En revanche, ils possèdent une sorte de roi, qu’ils appellent le Grand Mamamouchi. C’est comme qui dirait le czar de ce pays-là. Le Grand Mamamouchi est avisé par un corps de mamamouchinets, qui prend, quand il s’assemble, le nom de Caucus (ou Caucus-Content). C’est ce que les Ton-Kinois, peuple aussi vain que barbare, appellent avec fierté leur parlement.

Pour me faire voir jusqu’à quel point ces malheureux Ton-Kinois furent longtemps tyrannisés, voici donc ce que m’a rapporté mon voyageur.

Il y a déjà des siècles et des siècles, le Ton-Kin se glorifiait d’être une colonie de la Chine. Cela faisait plaisir aux Chinois, — ainsi qu’à nombre de Ton-Kinois encore plus chinois que les Chinois, — et ne faisait de mal à personne. Ainsi tout le monde était content…

Mais vint un jour où le roi de Chine, méditant une guerre contre le roi du Béloutchistan, voulut obliger tous les Ton-Kinois, sous prétexte qu’ils se disaient ses humbles sujets, à lui fournir, pour ses expéditions, 300,000 hommes de troupe, plus des impôts considérables en riz et en thé.

Vous ai-je dis que les Ton-Kinois étaient dans une extrême pauvreté ?… Ils avaient en ce