Page:Fournier - Mon encrier (recueil posthume d'études et d'articles choisis dont deux inédits), Tome I, 1922.djvu/85

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MON ENCRIER

premier mot des questions qui leur sont soumises, et ils ne sauraient seulement pas de quel côté sont les ministres si le « whip » ne le leur indiquait au moment du vote.

De temps en temps — oh ! très rarement — on entend chuchoter à la tabagie qu’Un Tel, député de la province de Québec, va faire un discours.

Si vous n’avez pas l’expérience de la boutique, vous vous imaginez, d’avance, un événement, une sensation.

Au jour dit et à l’heure fixée, le ban et l’arrière-ban des députés québecquois envahissent la Chambre. Tarascon au départ de Tartarin pour l’Afrique ne devait pas être plus bouleversé.

C’est, presque toujours, au commencement d’une séance. On voit se lever le héros du jour, en redingote sévère, rasé de frais, la chevelure bien peignée. Il a les mains pleines de papiers, des piles de gros livres s’étalent sur son pupitre, et quelquefois sur celui de son voisin. Il sait que les yeux du pays sont fixés sur lui, et qu’il est le centre de quelque chose de grand. Il est pâle et grave. Il sent sa responsabilité, et il le laisse bien voir.

Et alors il commence… Son discours (généralement en anglais) dure trois quarts d’heure, à tout coup. Lieux communs, généralités, développements aqueux et boursouflés. — Le Canada