Page:Fournier - Mon encrier (recueil posthume d'études et d'articles choisis dont deux inédits), Tome I, 1922.djvu/94

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NOTRE DÉPUTATION

pour troubler d’aussi graves cérémonies… Aussi lui ou ses amis ne mettent-ils jamais les pieds dans la chambre 16.

Ils veulent bien se contenter de la tabagie, où les Anglais, en revanche, et comme par un accord tacite, ne vont presque jamais.

C’est donc à la tabagie qu’on les a exilés, et c’est là par conséquent qu’il faut aller les contempler.

C’est là leur domaine, et, si j’ose dire, leur petit Canada.

Dans tout journaliste, même le plus emporté, il y a un philosophe qui sommeille, un observateur amusé des hommes et des choses. Si je n’avais à juger les députés de la province de Québec qu’au point de vue politique, je m’y intéresserais certainement comme peintre de mœurs ou de caractères.

Oui, vraiment, je voudrais les décrire comme types d’humanité (oh ! d’une humanité très inférieure), et je sens que j’y aurais du plaisir.

C’est avec amour, il me semble, que je dessinerais la figure de ces hommes, qui ont élevé le culottage des pipes à la hauteur d’un art et qui ont su faire du tabac canadien la base de leur vie parlementaire.

Qui sont-ils ? Comment sont-ils arrivés là ? — Notaires ou médecins de campagne, avocats de petite ville, marchands de village, ils se res-