Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/147

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LE SYLPHE.


Mais quand on le veut, pourtant, tout s’arrange,
Et souvent un mal finit par un bien :
De nos cœurs entre eux faisons un échange,
Donnez-moi le vôtre, et gardez le mien.




LE SYLPHE


Je suis un sylphe, une ombre, un rien, un rêve,
Hôte de l’air, esprit mystérieux,
Léger parfum que le zéphir enlève,
Anneau vivant qui joint l’homme et les dieux,

De mon corps pur les rayons diaphanes
Flottent mêlés à la vapeur du soir ;
Mais je me cache aux regards des profanes.
Et l’âme seule, en songe, peut me voir.

Rasant du lac la nappe étincelante,
D’un vol léger j’effleure les roseaux.
Et, balancé sur mon aile brillante.
J’aime à me voir dans le cristal des eaux.

Dans vos jardins quelquefois je voltige,
Et, m’enivrant de suaves odeurs,
Sans que mon poids fasse incliner leur tige,
Je me suspends au calice des fleurs.

Dans vos foyers j’entre avec confiance,
Et, récréant son œil clos à demi.
J’aime à verser des songes d’innocence
Sur le front pur d’un enfant endormi.

Lorsque sur vous la nuit jette son voile,
Je glisse aux cieux comme un long filet d’or,
Et les mortels disent : « C’est une étoile
Qui d’un ami nous présage la mort. »