Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/244

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Tu n’es donc plus ? Mes yeux ne le verront jamais
Rire et folàlrer dans nos plaines,
Poursuivre le chevreuil de sommels en sommets,
Et gravir le vieux fronl des chênes.
Je ne te verrai point dans l’âge des amours,
Quand un léger duvet t’embellirait à peine,
A ta craintive amante apportant tous les jours
Le fruit d’une chasse lointaine ;
Lui demander, pour prix des dépouilles des ours,
L’une de ses tresses d’ébène.
Nos guerriers ne me diront pas :
Ton fils est digne de son père ;
Il porte sans frémir la lance des combats,
Et le calumet de la guerre.
Je vivrai comme une étrangère,
Et l’on dira : « Son fils est le jouet du vent ;
« Il n’est pas mort en brave étendu sur la terre ;
« C’est lui dont le cercueil mouvant
« Courbe le palmier solitaire. »

Tu n’es plus, quel est mon malheur !
Tes yeux, à peine ouverts, sont fermés à l’aurore ;
Je fus un instant mère : hélas ! à ma douleur.
Cher enfant, je crois l’être encore.

Au sommet du triste palmier.
Ce berceau, qui le sert de tombe,
Servira de nid au ramier.
Ou de demeure à la colombe ;
Et quand demain l’astre des jours
Teindra ton froid cercueil de sa couleur riante,
Au fond de sa couche odorante
L’oiseau s’éveillera : tu dormiras toujours.

Quand pour bénir l’enfant, dont sa fille est la mère,
Viendra mon père aux cheveux blancs ;
Je guiderai ses pas tremblants