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SOUVENIRS D’UN PAGE.

1783, et une fille au mois de juillet de l’année suivante. J’étais à Versailles au moment de sa naissance ; mais, au bout d’une année, elle fut ravie à ses parents : sa mort la préserva des malheurs qui menaçaient sa famille. J’allai la voir sur son lit de parade, à Trianon ; ce n’était pas la mort, c’était le sommeil de l’innocence qui avait fermé ses yeux. Elle se nommait Madame Sophie, et elle mourut le 19 juin 1787, âgée de onze mois et dix jours.

Madame Lebrun, célèbre artiste de notre siècle, était alors occupée à peindre ce beau tableau qu’on vit un instant dans le salon d’Apollon. Elle avait représenté, avec cet art surprenant de l’imitation des étoffes, la reine en robe de velours ponceau, ayant sur ses genoux son second fils, l’aînée de ses enfants appuyée sur son épaule, tandis que le Dauphin montrait, dans un berceau, sa petite sœur endormie. Tableau touchant, mais que la magnificence des costumes rendait froid. La mort de la jeune princesse fit effacer son image ; et bientôt son frère aîné l’ayant suivie dans la tombe, ce tableau, qui ne retraçait plus que des souvenirs douloureux, fut enlevé, et, depuis, il a disparu comme les augustes personnages qu’il représentait.

Le Dauphin croissait avec peine ; sa santé délicate, son tempérament rachitique, et surtout un développement d’idées peu ordinaire à son âge, faisaient prévoir que la France ne le conserverait pas longtemps. À six ans on l’ôta des mains des femmes, et il fut confié aux soins du duc d’Harcourt, nommé son gouver-