Page:Francis de Miomandre - Écrit sur de l'eau, 1908.djvu/187

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de m’avoir vu y demeurer en plein été, alors que les cigales éclatent dans les arbres et que les travaux du Grand Égout Collecteur (que notre municipalité en soit à tout jamais flétrie !) tuent par centaines les citoyens assez imprudents pour les côtoyer. Non, je suis parti parce que, moralement, j’en avais par-dessus la tête. Mon cher enfant, Marseille n’est pas un pays qui convienne à mon activité, les gens ne comprennent rien à mes projets et opposent à mes rêves les plus stupides refus… Mazarakis lui-même… (ah ! si tu le connaissais !) j’en suis bien revenu sur Mazarakis. C’est un rastaquouère comme tous les autres, un fumiste, un Grec de tripot qui a toujours dans sa manche un double jeu, comme autrefois. Et si je n’étais pas aussi sûr que je le suis de la naïveté parfaite de ce malheureux Pampelunos et de ce petit crétin de Micaëlli, je croirais qu’ils me l’ont présenté pour me jouer un tour. Mais non, les pauvres, ils étaient bien trop contents de manger une fois des huîtres en compagnie de ton père pour qu’on puisse les soupçonner de quoi que ce soit.

« Revenons à notre sujet.

« J’ai quitté Marseille donc, par dégoût de la vie que j’y menais. Toi, tu l’aimes, c’est différent. Restes-y tant que tu voudras, tu ne me verras point te le défendre, mais ne me demande pas de jamais t’y rejoindre. J’ai trouvé ici une ville idéale, vierge encore pour ainsi dire de grandes entreprises et où je devine, depuis quelques heures seulement que j’y suis débarqué, jusqu’à trois ou quatre grosses affaires qu’on pourrait y mettre en train, notamment une mine de charbon dans le sous-sol de Carthage, quelque chose de magnifique : une opération à drainer des millions… Mais chut ! je n’en dis pas plus long pour l’instant. L’avenir me jugera sur mes actes, et non pas sur mes paroles.