Page:Franck - Le communisme jugé par l'histoire, 1871.djvu/23

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elle n’est plus qu’un impôt. Quant aux deux autres mobiles qu’on voudrait substituer à la place de toute rémunération légitime, ils jouent sans doute un grand rôle dans les régions supérieures de la pensée et dans les fonctions les plus éminentes de l'ordre social, mais ils n’ont qu’une médiocre influence sur les plus humbles et les plus indispensables travaux de la vie matérielle. Voici deux maçons, deux cordonniers, deux tailleurs qui remplissent leur tâche avec une activité et une habileté très-inégales. Cependant ils reçoivent la même rétribution, et même, s’il a plus de besoins, une rétribution supérieure sera assurée au plus paresseux et au plus inhabile des deux. Que répondrez-vous à l’autre s’il a la hardiesse de se plaindre ? Qu’il a pour lui la gloire de faire des murs ou des coutures plus solides ? Qu’il trouvera dans sa conscience la récompense de son courage et de son talent ? J’oubliais ; il y a encore ce poteau planté au milieu des ateliers et sur lequel on écrira : « Tout paresseux est un voleur[1]. »

Indépendamment des vices qu’elle partage avec toutes les idées communistes, l’utopie de M. Louis Blanc mérite donc le reproche de sacrifier entièrement le courage, le talent, la sobriété à la lâcheté et à la paresse, à l’incapacité et à l’intempérance. Malgré l’accent

  1. C’est sérieusement qu’en 1848, pendant qu’il présidait les Conférences du Luxembourg, M. Louis Blanc a proposé ce moyen de remédier aux inconvénients de son système.