Page:Franck - Le communisme jugé par l'histoire, 1871.djvu/51

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le sacrifice de leur liberté et se consolent de la contrainte à laquelle ils sont soumis par celle qu’ils font souffrir aux autres. C’est là ce qui aujourd’hui encore fait en partie la force de la discipline ecclésiastique et militaire. A la place des sociétés ainsi constituées, supposez-en une autre uniquement fondée sur la liberté et le travail, qui ait pour règle essentielle de se suffire à elle-même, sans dépouiller ni opprimer personne, vous verrez, par l’inégalité des facultés et la diversité des actions, s’introduire aussitôt l’inégalité des fortunes, c’est-à-dire la propriété individuelle. Chacun revendiquera la création de ses mains ou de son esprit ; chacun s’identifiera avec son œuvre et la défendra comme sa vie contre l’incapacité avide ou l’oisiveté qui ne s’éveille que pour jouir. Il n’en est pas de ce qui est à nous, de ce que nous avons produit avec effort et dont la conscience nous déclare les possesseurs légitimes, comme de ce que nous arrachons aux autres ; nous ne consentons à le partager qu’avec des êtres de notre choix ; nous nous croyons le droit d’en disposer selon les inclinations de notre cœur ou les lumières de notre raison. Veut-on faire violence à ce sentiment naturel et forcer les hommes à traîner le char commun, à travailler les uns pour les autres dans la mesure des besoins et même des passions éprouvées par tous : alors vous aurez l’esclavage, un esclavage aussi complet que celui que je définissais tout à l’heure,