Page:Franck - Le communisme jugé par l'histoire, 1871.djvu/73

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


personnes, rien ne serait si facile que d’éluder ses devoirs et de se moquer des lois[1]. » Il y a plus : dans le même écrit dont je viens de tirer ces lignes il déclare le droit de propriété le plus sacré de tous les droits des citoyens, et plus important à certains égards que la liberté même. Qu’est-ce donc qui rend la propriété, je veux dire la société, si odieuse à Rousseau ? C’est que, dans les conditions où elle existe actuellement, dans les conditions où elle s’est formée, elle consacre l'inégalité, et que l’inégalité lui paraît incompatible avec ce que l'homme a de meilleur et de plus cher, la liberté. A mesure que le genre humain s’est éloigné de l’état de nature et que ses besoins se sont multipliés, il a ouvert son sein à toutes les passions et à tous les vices : à leur suite sont arrivées ces distinctions choquantes qui, en élevant les uns au comble de la fortune et de la grandeur, font descendre les autres au dernier degré de la misère et de la servitude. Devant ce tableau peint des plus noires couleurs de son imagination, Rousseau n’hésite pas ; il préfère la solitude, l’ignorance, les privations de la vie sauvage à toutes les splendeurs de la civilisation.

Il n’est pas juste de suppposer que l’esprit de paradoxe a seul produit ce résultat ; on y reconnaît aussi l’effet d’une âme ulcérée, qui, apportant dans une société

  1. Discours sur l’économie politique.