Page:Franck - Le communisme jugé par l'histoire, 1871.djvu/75

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liberté civile, fondée sur l’égalité. On sait quel est le moyen qu’il propose pour atteindre ce but : c’est une association dont la première clause est l'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté[1] ; c’est un contrat par lequel chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale[2]. Voici maintenant par quel artifice Rousseau essaie, en partant de ce principe, de relever la propriété. Chaque membre de la communauté se donne à elle au moment où elle se forme avec toutes ses forces et, par conséquent, avec tous les biens qu’il possède actuellement. Tous ces biens réunis forment le territoire de l’Etat, ce qui n’empêche pas l'Etat de les laisser à leurs premiers possesseurs. Mais alors ceux-ci étant considérés comme les dépositaires du bien public, et ce titre leur étant reconnu par tous leurs concitoyens, leur étant assuré par la volonté commune, la jouissance se change pour eux en droit, l’usurpation disparaît devant le caractère inviolable de la propriété[3]. Il ne faut pas un grand effort de raisonnement pour s’assurer que cette théorie, loin de justifier la propriété, la détruit complètement ; elle fait du possesseur un simple usufruitier et remet à

  1. Contrat social, liv. I, chap. 6.
  2. Ubi supra.
  3. Ubi supra, liv. I, chap. 9.