Page:Franck - Le communisme jugé par l'histoire, 1871.djvu/76

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l’Etat, sur cet usufruit même, un droit absolu, puisqu’il peut à son gré en rendre la jouissance individuelle ou commune. C’était bien la peine d’élever la propriété si haut parmi les institutions civiles et d’en faire la clef de voûte de la société. Mais cette difficulté n’est pas la seule que nous ayons à signaler. Quoi ! la volonté générale est le seul fondement de la justice et du droit, la seule règle du bien et du mal ! Et c’est Rousseau qui le dit, lui qui a lutté seul contre tout son siècle, éclairé par la lumière et encouragé par la voix de sa conscience ? Autant vaudrait dire que le bien et le mal, la justice, l'humanité droit sont de simples conventions qu’une génération a établies, qu’une autre génération peut détruire. C’est ainsi qu’en touchant au droit de propriété on ébranle nécessairement l’édifice entier de la morale.

Rousseau admet le communisme en théorie, mais il n’ose pas le proposer à l’application ; il va même jusqu’à exprimer le vœu que les biens se transmettent le plus possible de père en fils et de proche en proche ; parce que rien n’est plus funeste, selon lui, aux mœurs et au bon ordre de l’Etat, que les changements continuels de condition et de fortune[1]. Tout ce qu’il demande, c’est qu’on prévienne l’extrême inégalité des richesses, en empêchant qu’elles puissent s’accumuler dans les mêmes mains au-delà d’une certaine

  1. Discours sur l’économie politique