Page:Franck - Le communisme jugé par l'histoire, 1871.djvu/83

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rons se réfuter lui-même par ses conséquences. D’ailleurs, comment prendre au sérieux le seul principe sur lequel il repose, cette prétendue égalité de tous les hommes, à la fois physique, intellectuelle et morale ? Qui a jamais rencontré cet état de nature, où, semblables aux anges, ils vivent affranchis de toute envie et de toute passion ? Enfin, si cet état de nature a existé, et si aujourd’hui encore nous sommes, par toutes nos facultés et tous nos penchants invités à y retourner, comment se fait-il que nous en soyons sortis ?

Mably a la gloire, si c’en est une, d’avoir complété au dix-huitième siècle la théorie du communisme, de lui avoir donné sa forme la plus précise et la plus logique ; mais deux choses restent encore à faire : à donner à la théorie le caractère impératif de la loi ou à la rédiger en forme de code, puis à la traduire en action. Ces deux tâches ont été entreprises avec une foi digne d’une meilleure cause ; la première par Morelly, la seconde par Babœuf .

Morelly, dont on a essayé récemment de faire un grand homme, est un des écrivains les plus obscurs du dernier siècle. Son nom était tellement inconnu que son principal ouvrage, celui-là même qui doit nous occuper ici, a été pendant longtemps attribué à Diderot. Il a laissé deux écrits : l’un, appelé la Basiliade nous montre ce que doit être le véritable prince, c’est-à-dire le héros de l’humanité, le restaurateur des lois