Page:Furetière - Le Roman bourgeois.djvu/146

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de l’advis de ces dames (reprit brusquement Charroselles, dont l’humeur a esté tousjours peu civile et peu complaisante), et je ne trouve point de plus grande marque de reprobation à l’égard du jugement que d’aymer ces sortes de choses : car ceux qui y reussissent le mieux, ce sont les personnes gayes et bouffonnes, et mesme les foux achevez font quelquefois d’heureuses rencontres, au lieu que la vraye estime se doit donner aux ouvrages travaillez avec meure deliberation, où l’art se mesle avec le genie. Ce n’est pas que les gens d’esprit ne puissent faire quelquefois sur le champ quelques gaillardises, mais il faut qu’ils en usent avec grande discretion, car autrement ils se hasardent souvent à dire de grandes sottises, comme font tous ces faiseurs d’in-promptu et gens de reputation subite. Adjoutez à cela (dit Philalethe) qu’on ne debite point de marchandise où il y ayt plus de tromperie, car, comme dans les academies de jeu on pippe souvent avec de faux dez et de fausses cartes, de mesme dans les reduits academiques on pippe souvent l’in-promptu, et il y en a tel qu’on prend pour un nouveau né, qui pourroit passer pour vieux et barbon. Cela est vrai (adjousta Pancrace), car j’ay connu un certain folastre qui a fait assez de bruit dans le monde, qui avoit toûjours des in-promptu de poche, et qui en avoit de preparés sur tant de sujets, qu’il en avoit fait de gros lieux communs. Il menoit avec luy d’ordinaire un homme de son intelligence, avec l’ayde duquel il faisoit tourner la conversation sur divers sujets, et il faisoit tomber les gens en certains defilez où il avoit mis quelque in-promptu en embuscade, où ce galant tiroit son coup et deffaisoit le plus hardy champion d’esprit, non sans