Page:Furetière - Le Roman bourgeois.djvu/145

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France davantage les petites pièces que les grandes, car, pour des madrigaux, j’en feray tant qu’on voudra, comme j’ay déja dit : on n’a presque qu’à trouver des rimes et quelque petite douceur, et on en est quitte ; au lieu qu’il est bien difficile de trouver des pointes pour faire des épigrammes, et des vers pompeux pour faire des sonnets. Ce n’est pas tout (adjousta Charroselles ) que de faire de petites pièces ; il faut, pour les faire bien courir, que ce soient pièces du temps, c’est-à-dire à la mode, de sorte que ce sont tantost sonnets, rondeaux, portraits, enigmes, metamorphoses, tantost triolets, ballades, chansons, et jusqu’à des bouts rimez. Encore, pour les faire courir plus viste, il faut choisir le sujet, et que ce soit sur la mort d’un petit chien ou d’un perroquet41, ou de quelques grandes aventures arrivées dans le monde galant et poétique.

Quand à moy (reprit Hyppolite), j’ayme sur tout les bouts-rimez, parce que ce sont le plus souvent des inpromptus, ce que j’estime la plus certaine marque de l’esprit d’un homme. Vous n’estes pas seule de vostre advis (dit Angelique) ; j’ay veu plusieurs femmes tellement infatuées de cette sorte de galanterie d’in-promptu, qu’elles les preferoient aux ouvrages les plus accomplis et aux plus belles meditations. Je ne suis pas


41. Encore une mode poétique de ce temps-là, qui datoit du XVIe siècle, et qui ne se perdit qu’au XVIIIe. Il y a dans le Palais Mazarin, de M. de Laborde, p. 349, note 517, quelques détails curieux sur ces chiens et ces chats poétiquement célébrés, et M. Joncières a publié dans l’Artiste de juillet 1840 un article intéressant sous ce titre : Du rôle des chiens et des chats en littérature.