Page:Fusil - Souvenirs d’une actrice.djvu/241

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n’avait frappé que par une juste défense, qu’il n’avait point attaqué le premier dans cette querelle, dont la mort de son ami avait été la suite. Il fut livré aux tribunaux civils, supporta toutes les douleurs avec un courage extraordinaire, ne voulant pas, disait-on, déshonorer sa famille.

On le mit à une nouvelle épreuve, en faisant paraître tout-à-coup le corps de son camarade, caché par un rideau. On pensait que l’émotion de son visage pourrait le trahir… Mais avec une présence d’esprit rare en semblable moment, il se précipita sur ce corps afin de cacher son trouble, en s’écriant :

« Que ne peux-tu revenir à la vie, pour me justifier et confondre mes ennemis !… Tu leur dirais que, si j’ai eu le malheur de tuer mon ami, c’est en me défendant en homme d’honneur !… »

Il ne put être condamné à mort, mais il fut estropié pour le reste de sa vie. Je l’ai vu une seule fois chez sa sœur ; il marchait avec des béquilles.