Page:Fustel de Coulanges - La Cité antique, 1870.djvu/324

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était donc sage de la satisfaire et que l’intérêt s’unissait à l’humanité pour conseiller des concessions.

Il paraît certain que la condition des clients s’améliora peu à peu. À l’origine ils vivaient dans la maison du maître, cultivant ensemble le domaine commun. Plus tard on assigna à chacun d’eux un lot de terre particulier. Le client dut se trouver déjà plus heureux. Sans doute il travaillait encore au profit du maître ; la terre n’était pas à lui, c’élait plutôt lui qui était à elle. N’importe ; il la cultivait de longues années de suite et il l’aimait. Il s’établissait entre elle et lui, non pas ce lien que la religion de la propriété avait créé entre elle et le maître, mais un autre lien, celui que le travail et la souffrance même peuvent former entre l’homme qui donne sa peine et la terre qui donne ses fruits.

Vint ensuite un nouveau progrès. Il ne cultiva plus pour le maître, mais pour lui-même. Sous la condition d’une redevance, qui peut-être fut d’abord variable, mais qui ensuite devint fixe, il jouit de la récolte. Ses sueurs trouvèrent ainsi quelque récompense et sa vie fut à la fois plus libre et plus fière. « Les chefs de famille, dit un ancien, assignaient des portions de terre à leurs inférieurs, comme s’ils eussent été leurs propres enfants[1]. » On lit de même dans l’Odyssée : « Un maître bienveillant donne à son serviteur une maison et une terres » ; et Eumée ajoute : « une épouse désirée », parce que le client ne peut pas encore se marier sans la volonté du maître, et que c’est le maître qui lui choisit sa compagne.

Mais ce champ où s’écoulait désormais sa vie, où étaient tout son labeur et toute sa jouissance, n’était pas encore sa propriété. Car ce client n’avait pas en lui le caractère sacré qui faisait que le sol pouvait devenir la propriété d’un homme. Le lot qu’il occupait, continuait à porter la borne sainte, le dieu

  1. Festus, v° Patres.