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dixième ou le douzième[1]. Ce jour-là, le père réunissait la famille, appelait des témoins, et faisait un sacrifice à son foyer. L’enfant était présenté au dieu domestique ; une femme le portait dans ses bras et en courant lui faisait faire plusieurs fois le tour du feu sacré[2]. Cette cérémonie avait pour double objet, d’abord de purifier l’enfant, c’est-à-dire de lui ôter la souillure que les anciens supposaient qu’il avait contractée par le seul fait de la gestation, ensuite de l’initier au culte domestique. À partir de ce moment, l’enfant était admis dans cette sorte de société sainte et de petite église qu’on appelait la famille. Il en avait la religion, il en pratiquait les rites, il était apte à en dire les prières ; il en honorait les ancêtres, et plus tard il devait y être lui-même un ancêtre honoré.


CHAPITRE IV.


De l’adoption et de l’émancipation.

Le devoir de perpétuer le culte domestique a été le principe du droit d’adoption chez les anciens. La même religion qui obligeait l’homme à se marier, qui prononçait le divorce en cas de stérilité, qui, en cas d’impuissance ou de mort prématurée, substituait au mari un parent, offrait encore à la famille une dernière ressource pour échapper au malheur si redouté de l’extinction ; cette ressource était le droit d’adopter.

« Celui à qui la nature n’a pas donné de fils, peut en adopter un, pour que les cérémonies funèbres ne cessent pas. » Ainsi parle le vieux législateur des Hindous[3]. Nous avons un curieux plaidoyer d’un

  1. Aristophane, Oiseaux, 922. Démosthène in Bœot., p. 1016. Macrobe, Sat., I, 17. Lois de Manou, II, 30.
  2. Platon, Thééthète. Lysias, dans Harpocration, v. ’Αμφιδρόμια.
  3. Lois de Manou, IX, 10.