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JEAN RIVARD

— Vous ne me paraissez guère habitué au travail ; avez-vous bonne santé ? êtes-vous fort et vigoureux ?

— Je jouis d’une excellente santé, et si je ne suis pas encore habitué au travail, j’espère le devenir un jour.

— C’est bien ; mais encore une question, s’il vous plait : êtes-vous persévérant ? s’il vous survenait des obstacles, des revers, des accidents, seriez-vous homme à vous décourager ? Cette question est de la plus grande importance.

— Monsieur, depuis le jour où j’ai quitté le collége, j’ai toujours eu présente à l’esprit une maxime que nous répétait souvent notre excellent directeur : avec le travail on vient à bout de tout, ou comme il nous disait en latin : labor omnia vincit. J’ai pris ces trois mots pour devise, car je comprends que le sens qu’ils présentent doit être d’une application plus fréquente dans la vie du défricheur que dans aucun autre état.

— C’est bien, c’est bien, mon jeune ami ; je ne suis pas fort sur le latin, mais je vois avec plaisir que vous connaissez le rôle que vous aurez à jouer. Vous parlez comme un brave, et je suis heureux d’avoir fait votre connaissance. Maintenant, mon ami, la première chose que vous avez à faire, c’est de choisir un bon lopin de terre, un lot dont la situation et la fertilité vous promettent une ample rémunération de vos labeurs ; car il n’est pas de spectacle plus désolant que celui d’un homme intelligent et courageux qui épuise sa vigueur sur un sol ingrat. »

M. Lacasse fit alors connaître en peu de mots à Jean Rivard, d’après l’expérience qu’il avait acquise