Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/106

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rait monter en voiture, me précéda dans une longue galerie de tableaux, me guida à travers de vastes appartements silencieux dont les meubles se fanaient sous des housses, et finalement me remit aux mains du valet de chambre de M. Albert. C’est le nom que porte le fils de madame Gerdy, c’est-à-dire mon nom à moi.

— J’entends, j’entends.

— J’avais passé un examen, il me fallut subir un interrogatoire. Le valet de chambre désirait savoir qui j’étais, d’où je venais, ce que je faisais, ce que je voulais, et le reste. Je répondis simplement que, absolument inconnu du vicomte, j’avais besoin de l’entretenir cinq minutes pour une affaire urgente. Il sortit, m’invitant à m’asseoir et attendre. J’attendais depuis plus d’un quart d’heure quand il reparut. Son maître daignait consentir à me recevoir.

Il était aisé de comprendre que cette réception était restée sur le cœur de l’avocat et qu’il la considérait comme un affront. Il ne pardonnait pas à Albert ses laquais et son valet de chambre. Il oubliait la mort du duc illustre qui disait : « Je paye mes valets pour être insolents afin de m’épargner le ridicule et l’ennui de l’être. » Le père Tabaret fut surpris de l’amertume de son jeune ami à propos de détails si vulgaires.

— Quelle petitesse, pensait-il, et chez un homme d’un génie supérieur ! Est-il donc vrai que c’est dans