Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/105

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Cette dernière phrase sortait si formellement des idées habituelles de l’avocat que le père Tabaret détourna un peu la tête pour cacher son sourire narquois.

— Pauvre humanité ! pensait-il, le voici déjà grand seigneur !

— Quand j’arrivai, reprit Noël, le suisse en grande livrée était sur la porte. Je demandai M. le comte de Commarin. Le suisse me répondit que M le comte voyageait, mais que M. le vicomte était chez lui. Cela contrariait mes desseins ; cependant j’étais lancé, j’insistai pour parler au fils à défaut du père. Le suisse me toisa un bon moment. Il venait de me voir descendre d’une voiture de remise, il prenait ma mesure. Il se consultait avant de décider si je n’étais pas un trop mince personnage pour aspirer à l’honneur de comparaître devant monsieur le vicomte.

— Cependant vous avez pu lui parler !

— Comment cela, sur-le-champ ! répondit l’avocat d’un ton de raillerie amère ; y pensez-vous, cher M. Tabaret ! L’examen pourtant me fut favorable, ma cravate blanche et mon costume noir produisirent leur effet. Le suisse me confia à un chasseur emplumé qui me fit traverser la cour et m’introduisit dans un superbe vestibule où bâillaient sur des banquettes trois ou quatre valets de pied. Un de ces messieurs me pria de le suivre.

Il me fit gravir un splendide escalier qu’on pour-