Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/108

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versent la vie sur les coussins moelleux de leur équipage sans ressentir le plus léger cahot. En me voyant, il se leva et me salua gracieusement.

— Vous deviez être fameusement ému ? demanda le bonhomme.

— Un peu moins que je le suis en ce moment. Quinze jours d’angoisses préparatoires usent bien des émotions. J’allai tout d’abord au-devant de la question que je lus sur ses lèvres : — « Monsieur, lui dis-je, vous ne me connaissez aucunement, mais ma personnalité est la moindre des choses. Je viens à vous chargé d’une mission bien triste et bien grave, et qui intéresse l’honneur du nom que vous portez. » Sans doute, il ne me crut pas, car c’est d’un ton qui frisait l’impertinence qu’il me répondit : « Sera-ce long ? » Je dis simplement : — « Oui. »

— Je vous en prie, insista le père Tabaret devenu très-attentif, n’omettez pas un détail. C’est très-important, vous comprenez…

— Le vicomte, continua Noël, parut vivement contrarié. — « C’est que, m’objecta-t-il, j’avais disposé de mon temps. C’est à cette heure que je suis admis près de la jeune fille que je dois épouser, mademoiselle d’Arlange ; ne pourrions-nous remettre cet entretien ? »

— Bon ! autre femme ! se dit le bonhomme.

— Je répondis au vicomte que notre explication ne souffrait aucun retard, et comme je le voyais en