Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/111

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sus et j’étais, moi, resté debout, adossé à la cheminée, où il y avait du feu. Je suivais ses moindres mouvements et j’épiais son visage. Non, de ma vie je n’ai vu un spectacle pareil et je ne l’oublierai pas quand je vivrais mille ans. En moins de cinq minutes sa physionomie changea à ce point que son valet de chambre ne l’eût pas reconnu. Il avait saisi son mouchoir de poche, et de temps à autre, machinalement, il le portait à sa bouche. Il pâlissait à vue d’œil et ses lèvres blêmissaient jusqu’à paraître aussi blanches que son mouchoir.

De grosses gouttes de sueur perlaient sur son front et ses yeux devenaient troubles comme si une taie les eût recouverts. D’ailleurs, pas une exclamation, pas une parole, pas un soupir, pas un geste, rien. À un moment il me fit tellement pitié que je faillis lui arracher les lettres des mains, les lancer dans le feu et le prendre dans mes bras en lui criant :

« Va, tu es mon frère, oublions tout, restons chacun à notre place, aimons-nous. »

Le père Tabaret prit la main de Noël et la serra.

— Va ! dit-il, je reconnais là mon généreux enfant !

— Si je ne l’ai pas fait, mon ami, c’est que je me suis dit : « Les lettres brûlées, me reconnaîtra-t-il encore pour son frère ? »

— C’est juste.

— Au bout d’une demi-heure environ, la lecture