Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/110

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


prouvera. L’enfant légitime existe, et c’est lui qui m’envoie. » J’avais les yeux sur les siens en parlant, et j’y vis passer un éclair de fureur. Je crus un instant qu’il allait me sauter à la gorge. Il se remit vite. — « Ces lettres ? » fit-il d’une voix brève. Je les lui remis.

— Comment ! s’écria le père Tabaret, ces lettres-là, les vraies ? imprudent !

— Pourquoi ?

— Et s’il les avait… que sais-je, moi !…

L’avocat appuya sa main sur l’épaule de son vieil ami.

— J’étais là, répondit-il d’une voix sourde, et il n’y avait, je vous le promets, aucun danger.

La physionomie de Noël prit une telle expression de férocité que le bonhomme eut presque peur et se recula instinctivement.

Il l’aurait tué ! pensa-t-il.

L’avocat reprit son récit :

— Ce que j’ai fait pour vous ce soir, mon ami, je le fis pour le vicomte Albert. Je lui évitai la lecture, au moins immédiate, de ces cent cinquante-six lettres. Je lui dis de ne s’arrêter qu’à celles qui étaient marquées d’une croix, et de s’attacher spécialement aux passages soulignés au crayon rouge.

C’était abréger le supplice.

— Il était assis, continua Noël, devant un petit guéridon trop fragile pour qu’on pût s’appuyer des-