Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/113

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— Il me semble, fit le père Tabaret, qu’il pouvait vous laisser le soin de dire cela, et avec un peu plus de justice et de raison.

— Non, mon ami, car le malheureux aujourd’hui, c’est lui. Je ne suis pas descendu, moi, je ne savais pas, tandis que lui !…

Le vieux policier hocha la tête ; il ne devait rien laisser deviner de ses pensées et elles l’étouffaient quelque peu.

— Enfin, poursuivit Noël, après un assez long silence, je lui demandai à quoi il s’arrêtait.

« Écoutez, prononça-t-il, j’attends mon père d’ici à huit ou dix jours. Vous m’accorderez bien ce délai. Aussitôt son retour, je m’expliquerai avec lui, et justice vous sera rendue, je vous en donne ma parole d’honneur. Reprenez vos lettres et permettez-moi de rester seul. Je suis comme un homme foudroyé, monsieur. En un moment je perds tout : un grand nom que j’ai toujours porté le plus dignement que j’ai pu, une position unique, une fortune immense, et plus que tout cela peut-être… une femme qui m’est plus chère que ma vie. En échange, il est vrai, je retrouverai une mère. Nous nous consolerons ensemble. Et je tâcherai, monsieur, de vous faire oublier, car elle doit vous aimer et elle vous pleurera. »

— Il a véritablement dit cela ?

— Presque mot pour mot.