Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/120

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leurs porte-lanternes ; lettrés abrutis par l’opium, endormis sous des parasols ; jeunes filles aux yeux retroussés trébuchant sur leurs pieds serrés de bandelettes.

Le tapis, d’un tissu dont la fabrication est un secret pour l’Europe, était semé de fruits et de fleurs d’une perfection à tromper une abeille. Sur la soie, qui cachait le plafond, quelque grand artiste de Péking avait peint de fantastiques oiseaux ouvrant sur un fond d’azur leurs ailes de pourpre et d’or.

Des baguettes de laque, précieusement incrustées de nacre, retenaient les draperies et dessinaient les angles de l’appartement.

Deux bahuts bizarres occupaient entièrement un des côtés de la pièce. Des meubles aux formes capricieuses et incohérentes, des tables à dessus de porcelaine, des chiffonnières de bois précieux encombraient les moindres recoins.

Puis c’étaient des étagères achetées chez Lien-Tsi, le Tahan de Sou-Tchéou, la ville artistique, mille curiosités impossibles et coûteuses, depuis les bâtons d’ivoire qui remplacent nos fourchettes jusqu’aux tasses de porcelaine plus mince qu’une bulle de savon, miracles du règne de Kien-Loung.

Un divan très-large et très-bas, avec des piles de coussins recouverts en étoffe pareille à la tenture, régnait au fond du fumoir. Il n’y avait pas de fenêtre, mais bien une grande verrière comme celle des