Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/119

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pour pouvoir être entendue à l’extrémité de l’appartement et servir de signal au besoin. C’était comme si elle eût crié « Gare ! » Noël ne sembla pas le remarquer.

— Madame est là ? fit-il.

— Oui, monsieur ! et bien en colère après monsieur. Dès ce matin, elle voulait envoyer chez monsieur. Ce tantôt elle parlait d’y aller elle-même. J’ai eu bien du mal à l’empêcher de désobéir aux ordres de monsieur.

— C’est bien, dit l’avocat.

— Madame est dans le fumoir, continua la femme de chambre, je lui prépare une tasse de thé ; monsieur en prendra-t-il une ?

— Oui, répondit Noël. Éclairez-moi, Charlotte.

Il traversa successivement une magnifique salle à manger, un splendide salon doré, style Louis XIV, et pénétra dans le fumoir.

C’était une pièce assez vaste dont le plafond était remarquablement élevé. On devait s’y croire à trois mille lieues de Paris, chez quelque opulent sujet du Fils du Ciel. Meubles, tapis, tentures, tableaux, tout venait bien évidemment en droite ligne de Hong-Kong ou de Shang-Haï.

Une riche étoffe de soie à personnages vivement enluminés habillait les murs et se drapait devant les portes. Tout l’empire du Milieu y défilait dans des paysages vermillon : mandarins pansus, entourés de