Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/126

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— Il fallait les envoyer ; il y a encore des commissionnaires au coin des rues.

— Si je ne les ai ni apportés, ni envoyés, ma chère amie, c’est que je ne les avais pas. J’ai été obligé de beaucoup chercher avant de les trouver, et on me les avait promis pour demain seulement. Si je les ai ce soir, je le dois à un hasard sur lequel je ne comptais pas il y a une heure, et que j’ai saisi aux cheveux, au risque de me compromettre.

— Pauvre homme ! fit Juliette d’un ton de pitié ironique. Vous osez me dire que vous êtes embarrassé pour trouver dix mille francs, vous !

— Oui, moi.

La jeune femme regarda son amant et partit d’un éclat de rire.

— Vous êtes superbe dans ce rôle de jeune homme pauvre, dit-elle.

— Ce n’est pas un rôle…

— Que vous dites, mon cher. Mais je vous vois venir. Cet aimable aveu est une préface. Demain, vous allez vous déclarer très-gêné, et après-demain… C’est l’avarice qui vous travaille. Cette vertu vous manquait. Ne sentez-vous pas des remords de l’argent que vous m’avez donné ?

— Malheureuse ! murmura Noël révolté.

— Vrai, continua la dame, je vous plains, oh ! mais considérablement. Amant infortuné ! Si j’ou-