Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/13

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chez elle comme dans une forteresse. Jamais elle ne sortait le soir, on savait qu’elle s’enivrait régulièrement à son dîner et qu’elle se couchait après. Rarement on avait vu des étrangers chez elle : quatre ou cinq fois une dame et un jeune homme, et une autre fois deux messieurs, un vieux très-décoré et un jeune. Ces derniers étaient venus dans une voiture magnifique.

En somme, on l’estimait peu. Ses propos étaient souvent choquants et singuliers dans la bouche d’une femme de son âge. On l’avait entendue donner à une jeune fille les plus détestables conseils. Un charcutier de Bougival, gêné dans son commerce, lui avait cependant fait la cour. Elle l’avait repoussé en disant que se marier une fois était suffisant. À diverses reprises on avait vu venir des hommes chez elle. D’abord un jeune, qui avait l’air d’un employé du chemin de fer, puis un grand brun assez vieux, vêtu d’une blouse et qui paraissait très-méchant. On supposait que l’un et l’autre étaient ses amants.

Tout en interrogeant, le commissaire résumait par écrit les dépositions, et il en était là, lorsqu’arriva le juge d’instruction. Il amenait avec lui le chef de la police de sûreté et un de ses agents.

M. Daburon, que ses amis ont vu avec une profonde surprise donner sa démission pour aller planter ses choux au moment où se dessinait sa fortune, était alors un homme de trente-huit ans, bien fait de sa