Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/134

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« — Elle ne m’aime pas, elle se joue de moi ! » Mais la foi avait poussé dans son cœur de si profondes racines qu’il ne pouvait l’en arracher. Il faisait montre d’une jalousie terrible et s’en tenait à de vaines démonstrations. Il eut à différentes reprises de fortes raisons de suspecter la fidélité de sa maîtresse, jamais il n’eut le courage d’éclaircir ses soupçons. « Il faudrait la quitter, pensait-il, si je ne me trompais pas, ou alors tout accepter dans l’avenir. » À l’idée d’abandonner Juliette, il frémissait et sentait sa passion assez lâche pour passer sous toutes les fourches caudines. Il préférait des doutes désolants à une certitude plus affreuse encore.

La présence de la femme de chambre, qui mit assez longtemps à disposer tout ce qui était nécessaire pour prendre le thé, permit à Noël de se remettre. Il regardait Juliette, et sa colère s’envolait. Déjà, il en était à se demander s’il n’avait pas été un peu dur pour elle.

Quand Charlotte se fut retirée, il vint s’asseoir sur le divan, près de sa maîtresse, et, arrondissant son bras, il voulut la prendre par le cou.

— Voyons, disait-il d’une voix caressante, tu as été assez méchante comme cela ce soir. Si j’ai eu tort, tu m’as suffisamment puni. Faisons la paix, et embrasse-moi.

Elle le repoussa durement, en disant d’un ton sec :