Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/135

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— Laissez-moi. Combien de fois dois-je vous répéter que je suis très-souffrante ce soir.

— Tu souffres, mon amie, reprit l’avocat, où ? Veux-tu qu’on prévienne le docteur ?

— Ce n’est pas la peine. Je connais mon mal, il s’appelle l’ennui. Vous n’êtes pas du tout le médecin qu’il me faut.

Noël se leva d’un air découragé et alla prendre place de l’autre côté de la table à thé, en face de sa maîtresse. Sa résignation disait quelle habitude il avait des rebuffades. Juliette le maltraitait, il revenait toujours, comme le pauvre chien qui guette pendant des journées l’instant où ses caresses ne seront pas importunes. Et il avait la réputation d’être dur, emporté, capricieux ! Et il l’était !

— Vous me dites bien souvent depuis quelques mois, reprit-il, que je vous ennuie. Que vous ai-je fait ?

— Rien.

— Eh bien ! alors ?

— Ma vie n’est plus qu’un long bâillement, répondit la jeune femme, est-ce ma faute. Croyez-vous que ce soit un métier récréatif d’être votre maîtresse ? Examinez-vous donc un peu. Est-il un être aussi triste, aussi maussade que vous, plus inquiet, plus soupçonneux, dévoré d’une pire jalousie ?

— Votre accueil, mon amie, hasarda Noël, est fait