Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/144

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rai médecin en chef d’un hôpital et grand’croix de la Légion d’honneur.

Pour débuter dans cette voie terminée à l’horizon par le plus magnifique des arcs de triomphe, le futur académicien s’endetta d’une vingtaine de mille francs. Il fallait se meubler, s’improviser un intérieur, les loyers sont chers.

Depuis, armé d’une patience que rien ne peut rebuter, armé d’une volonté indomptable et sans intermittence, il lutte et il attend. Or, qui peut imaginer ce que c’est qu’attendre dans certaines conditions ? Il faut avoir passé par là pour s’en douter. Mourir de faim en habit noir, rasé de frais et le sourire aux lèvres ! Les civilisations raffinées ont inauguré ce supplice qui fait pâlir les cruautés du poteau des sauvages. Le docteur qui commence soigne les pauvres qui ne peuvent pas payer. Puis le malade est ingrat. Convalescent, il presse sur sa poitrine son médecin en l’appelant : mon sauveur. Guéri, il raille la faculté, et oublie facilement les honoraires dus.

Après sept ans d’héroïsme, Hervé voit enfin se grouper une clientèle. Pendant ce temps il a vécu et payé les intérêts exorbitants de sa dette, mais il avance. Trois ou quatre brochures, un prix remporté sans trop d’intrigues ont attiré sur lui l’attention.

Seulement ce n’est plus le vaillant jeune homme plein d’espérance et de foi de sa première visite. Il