Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/145

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veut encore, et plus fortement que jamais, arriver, réussir, mais il n’espère plus nulle jouissance de son succès. Il les a escomptées et usées les soirs où il n’a pas eu de quoi dîner. Si grande que soit sa fortune dans l’avenir, il l’a payée déjà, et trop cher. Pour lui, parvenir n’est plus que prendre une revanche. À moins de trente-cinq ans, il est blasé sur les dégoûts et sur les déceptions et ne croit à rien. Sous les apparences d’une universelle bienveillance, il cache un universel mépris. Sa finesse, aiguisée aux meules de la nécessité, lui a nui, on redoute les gens pénétrants : il la dissimule soigneusement sous un masque de bonhomie et de légèreté joviale.

Et il est bon, et il est dévoué, et il aime ses amis.

Son premier mot en entrant, à peine vêtu, tant il s’était hâté, fut :

— Qu’y a-t-il ?

Noël lui serra silencieusement la main et pour toute réponse lui montra le lit.

Le docteur, en moins d’une minute, prit la lampe, examina la malade et revint à son ami.

— Que s’est-il passé ? demanda-t-il brusquement. J’ai besoin de savoir.

L’avocat tressaillit à cette question.

— Savoir quoi ? balbutia-t-il.

— Tout ! répondit Hervé. Nous avons affaire à une encéphalite. Il n’y a pas à s’y tromper. Ce n’est point