Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/15

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connues, ses cheveux se dressaient sur sa tête. Ce qu’il lui fallait, c’était non la conviction, non les plus probables présomptions, mais la certitude absolue. Pas de repos pour lui jusqu’au jour où l’accusé était forcé de courber le front devant l’évidence. Si bien qu’un substitut lui reprochait en riant de chercher non plus des coupables, mais des innocents.

Le chef de la police de sûreté n’était autre que le célèbre Gévrol, lequel ne manquera pas de jouer un rôle important dans les drames de nos neveux. C’est assurément un habile homme, mais la persévérance lui manque et il est sujet à se laisser aveugler par une incroyable obstination. S’il perd une piste, il ne peut consentir à l’avouer, encore moins à revenir sur ses pas. D’ailleurs, plein d’audace et de sang-froid, il est impossible à déconcerter. D’une force herculéenne cachée sous des apparences grêles, il n’a jamais hésité à affronter les plus dangereux malfaiteurs.

Mais sa spécialité, sa gloire, son triomphe, c’est une mémoire des physionomies si prodigieuse, qu’elle passe les bornes du croyable. A-t-il vu une figure cinq minutes, c’est fini, elle est casée, elle lui appartient. Partout, en tout temps, il la reconnaîtra. Les impossibilités de lieux, les invraisemblances de circonstances, les plus incroyables déguisements ne le dérouteront pas. Cela tient, prétend-il, à ce