Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/16

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que d’un homme il ne voit, il ne regarde que les yeux. Il reconnaît le regard sans se préoccuper des traits.

L’expérience fut tentée il n’y a pas bien des mois à Poissy. On drapa dans des couvertures trois détenus, afin de déguiser leur taille ; on leur mit sur la face un voile épais où des trous étaient ménagés pour les yeux, et en cet état on les présenta à Gévrol.

Sans la moindre hésitation il reconnut trois de ses pratiques et les nomma.

Le hasard seul l’avait-il servi ?

L’aide de camp de Gévrol était, ce jour-là, un ancien repris de justice réconcilié avec les lois, un gaillard habile dans son métier, fin comme l’ambre, et jaloux de son chef qu’il jugeait médiocrement fort. On le nommait Lecoq.

Le commissaire de police, que sa responsabilité commençait à gêner, accueillit le juge d’instruction et les deux agents comme des libérateurs. Il exposa rapidement les faits et lut son procès-verbal.

Vous avez fort bien procédé, monsieur, lui dit le juge, tout ceci est très-net ; seulement il est un fait que vous oubliez.

— Lequel, monsieur ? demanda le commissaire.

— Quel jour a-t-on vu pour la dernière fois la veuve Lerouge, et à quelle heure ?

— J’allais y arriver, monsieur. On l’a rencontrée le soir du mardi-gras à cinq heures vingt minutes.