Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/154

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— J’ai l’honneur de répéter à monsieur le juge d’instruction, reprit le bonhomme, que je connais l’auteur du crime de la Jonchère.

— Et moi, fit le juge, je vous proclame le plus habile de tous les agents passés et futurs. Je ne ferai certes plus une instruction sans votre concours.

— Monsieur le juge est trop bon, je ne suis que pour bien peu de chose dans cette trouvaille, le hasard seul…

— Vous êtes modeste, monsieur Tabaret : le hasard, voyez-vous, ne sert que les hommes forts, et c’est ce qui indigne les sots. Mais je vous en prie, asseyez-vous et parlez.

Alors, avec une lucidité et une précision dont on l’aurait cru incapable, le vieux policier rapporta au juge d’instruction tout ce que lui avait appris Noël. Il cita de mémoire les lettres sans presque y changer une expression.

— Et ces lettres, ajouta-t-il, je les ai vues, et j’en ai même escamoté une pour faire vérifier l’écriture. La voici.

— Oui ! murmura le magistrat, oui, monsieur Tabaret, vous connaissez le coupable. L’évidence est là qui brille à aveugler. Dieu l’a voulu ainsi : le crime engendre le crime. La faute énorme du père a fait du fils un assassin.

— Je vous ai tu les noms, monsieur, reprit le père Tabaret, je voulais avant connaître votre pensée…