Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/171

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


dent baroque renversait ses projets. Pour une fois qu’il s’était senti la résolution de parler, l’événement se déclarait contre lui. Il fit contre mauvaise fortune bon cœur.

S’armant de sa grande éloquence de palais, il versa des douches glacées sur le cerveau de l’irritable marquise. Il lui administra à hautes doses ces périodes interminables qui sont les pelotes de ficelles du style et la gloire de nos avocats généraux. Il n’était pas si fou de la contredire ; il caressa au contraire sa marotte.

Il fut tour à tour pathétique et railleur. Il parla comme il faut de la Révolution, maudit ses erreurs, déplora ses crimes et s’attendrit sur ses suites si désastreuses pour les honnêtes gens. De l’infâme Marat, grâce à d’habiles transitions, il arriva au coquin de juge de paix. Il flétrit en termes énergiques la scandaleuse conduite de ce magistrat et blâma hautement ce croquant de peintre. Cependant il était d’avis de leur faire grâce de la prison. Ses conclusions furent qu’il serait peut-être prudent, sage, noble même de payer.

Ces deux malencontreuses syllabes, payer, n’étaient pas prononcées que madame d’Arlange se trouvait debout dans la plus fière attitude.

— Payer ! dit-elle, pour que ces scélérats persistent dans leur endurcissement ! Les encourager par une faiblesse coupable ! Jamais. D’ailleurs pour payer il faut de l’argent et je n’en ai pas.