Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/192

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Mais M. Daburon était mourant. Il n’aurait pas eu la force de tenir les cartes. Il balbutia quelques excuses absurdes, parla d’affaires très-pressées, de devoirs à remplir, de malaise subit, et sortit en se tenant aux murs.

Son départ indigna la vieille joueuse. Elle se retourna vers sa petite-fille, qui était allée cacher son trouble loin des bougies de la table de jeu, et demanda :

— Qu’a donc ce Daburon, ce soir ?

— Je ne sais, madame, balbutia Claire.

— Il me paraît, continua la marquise, que ce petit juge s’émancipe singulièrement et se permet des façons impertinentes. Il faudra le remettre à sa place, car il finirait par se croire notre égal.

Claire essaya de justifier le magistrat. Il lui avait paru très-changé et s’était plaint une partie de la soirée ; ne pouvait-il être malade ?

— Eh bien ! quand cela serait, reprit la marquise, son devoir n’est-il pas de reconnaître par quelques renoncements la faveur de notre compagnie ? Je crois t’avoir déjà conté l’histoire de notre grand-oncle le duc de Saint-Huruge. Désigné pour faire la partie du roi au retour d’une chasse, il joua toute la soirée et perdit le plus galamment du monde 220 pistoles. Toute l’assemblée remarqua sa gaieté et sa belle humeur. Le lendemain seulement, on apprit qu’il était tombé de cheval dans la journée et qu’il avait tenu