Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/191

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Il s’arrêta, ne pouvant prendre sur lui de prononcer ce nom de Commarin, et c’est avec effort qu’il ajouta :

— Et je vous aimerai toujours…

Ils avaient fait quelques pas hors du berceau et se trouvaient maintenant non loin du perron.

— À cette heure, mademoiselle, reprit le magistrat, permettez-moi donc de vous dire adieu. Vous me reverrez rarement. Je ne reviendrai que bien juste ce qu’il faut pour éviter l’apparence d’une rupture.

Sa voix était si tremblante qu’à peine elle était distincte.

— Quoi qu’il advienne, ajouta-t-il, souvenez-vous qu’il y a en ce monde un malheureux qui vous appartient absolument. Si jamais vous avez besoin d’un dévouement, venez à moi, venez à votre ami. Allons, c’est fini… j’ai du courage, Claire, mademoiselle… une dernière fois adieu !

Elle n’était guère moins éperdue que lui. Instinctivement elle avança la tête et M. Daburon effleura de ses lèvres froides le front de celle qu’il aimait tant.

Ils gravirent le perron, elle appuyée sur son bras, et entrèrent dans le boudoir rose où la marquise, qui commençait à s’impatienter, battait furieusement les cartes en attendant sa victime.

— Allons donc ! juge incorruptible ! cria-t-elle.