Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/201

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son ami stupéfié d’une scène dont il lui était impossible de se rendre compte.

M. Albert de Commarin ne verra jamais la mort d’aussi près qu’une fois.

Arrivé dans la rue, M. Daburon sentit que la terre fuyait sous ses pas. Tout tournait autour de lui. Il voulut crier et ne le put. Il battit l’air de ses mains, chancela un instant et enfin tomba comme une masse sur le trottoir.

Des passants accoururent et aidèrent les sergents de ville à le relever. Dans une de ses poches, on trouva son adresse, on le porta à son domicile.

Quand il reprit ses sens, il était couché, et il aperçut son père au pied de son lit.

— Que s’était-il donc passé ?

On lui apprit avec bien des ménagements, que pendant six semaines il avait flotté entre la vie et la mort. Les médecins le déclaraient sauvé ; maintenant il était remis, il allait bien.

Cinq minutes de conversation l’avaient épuisé. Il ferma les yeux et chercha à recueillir ses idées, qui s’étaient éparpillées comme les feuilles d’un arbre en automne par une tempête. Le passé lui semblait noyé dans un brouillard opaque ; mais au milieu de ces ténèbres, tout ce qui concernait mademoiselle d’Arlange se détachait précis et lumineux. Toutes ses actions, à partir du moment où il avait embrassé Claire, il les revoyait comme un tableau forte-