Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/202

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ment éclairé. Il frémit, et ses cheveux en un moment furent trempés de sueur.

Il avait failli devenir assassin !

Et la preuve qu’il était vraiment remis et qu’il avait repris la pleine possession de ses facultés, c’est qu’une question de droit criminel traversa son cerveau.

— Le crime commis, se dit-il, aurais-je été condamné ? Oui ; étais-je responsable ? Non. Le crime serait-il une forme de l’aliénation mentale ? Étais-je fou, étais-je dans l’état particulier qui doit précéder un attentat ? Qui saura me répondre ? Pourquoi tous les juges n’ont-ils pas traversé une incompréhensible crise comme la mienne ? Mais qui me croirait, si je racontais ce qui m’est arrivé ?

Quelques jours plus tard, le mieux se soutenant, il le conta à son père, qui haussa les épaules et lui assura que c’était là une mauvaise réminiscence de délire.

Ce père, qui était bon, fut ému au récit des amours si tristes de son fils, sans y voir cependant un malheur irréparable. Il lui conseilla la distraction, mit à sa disposition toute sa fortune et l’engagea fort à épouser une bonne grosse héritière poitevine, gaie et bien portante, qui lui ferait des enfants superbes. Puis, comme ses terres souffraient de son absence, il repartit pour sa province.

Deux mois plus tard, le juge d’instruction avait