Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/203

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repris sa vie et ses travaux habituels. Mais, il avait beau faire, il agissait comme un corps sans âme ; au dedans de lui, il le sentait, quelque chose était brisé.

Une fois, il voulut aller voir sa vieille amie la marquise. En l’apercevant, elle poussa un cri de terreur. Elle l’avait pris pour un spectre, tant il était différent de celui qu’elle avait connu.

Comme elle redoutait les figures funèbres, elle le consigna à sa porte.

Claire fut malade une semaine à sa vue.

— Comme il m’aimait ! se disait-elle ; il a failli mourir. Albert m’aime-t-il autant ?

Elle n’osait se répondre. Elle aurait voulu le consoler, lui parler, tenter quelque chose… Il ne se montra plus.

M. Daburon n’était cependant pas homme à se laisser abattre sans lutter. Il voulut, comme disait son père, se distraire. Il chercha le plaisir et trouva le dégoût, mais non l’oubli. Souvent il alla jusqu’au seuil de la débauche, toujours une céleste figure, Claire vêtue de blanc, lui barra la porte.

Alors il se réfugia dans le travail ainsi que dans un sanctuaire. Il se condamna aux plus rudes labeurs, se défendant de penser à Claire, pareil au poitrinaire qui s’interdit de songer à son mal. Son âpreté à la besogne, sa fiévreuse activité lui valurent la réputation d’un ambitieux qui devait aller loin. Il ne se souciait de rien au monde.