Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/207

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cœur mille inquiétudes dardaient leurs épines. Il avait besoin de se rassurer.

— Est-ce que je le hais encore, cet homme ? continua-t-il : non, certes. Si Claire l’a préféré à moi qu’il ne connaît pas, c’est à elle et non à lui que je dois en vouloir. Ma fureur n’a été qu’un accès passager de délire. Je le prouverai. Je veux qu’il trouve en moi autant un conseiller qu’un juge. S’il n’est pas coupable, il disposera, pour établir ses preuves, de tout cet appareil formidable d’agents et de moyens qui est entre les mains du parquet. Oui, je puis être le juge. Dieu, qui lit au fond des consciences, voit que j’aime assez Claire pour souhaiter de toutes mes forces l’innocence de son amant.

Alors seulement, M. Daburon se rendit vaguement compte du temps écoulé.

Il était près de trois heures du matin.

— Ah ! mon Dieu ! fit-il, et le père Tabaret qui m’attend. Je vais le trouver endormi.

Mais le père Tabaret ne dormait pas, et il n’avait guère plus que le juge senti glisser les heures.

Dix minutes lui avaient suffi pour dresser l’inventaire du cabinet de M. Daburon, qui était vaste et d’une magnificence sévère, tout à fait en rapport avec la position et la grande fortune du magistrat. Armé d’un flambeau, il s’approcha des six tableaux de maîtres qui rompaient la nudité de la boiserie et les admira. Il examina curieusement quelques bronzes