Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/21

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en train de faire la cuisine quand on l’a frappée. Voilà sa poêle par terre, du jambon et des œufs. Le brutal n’a pas eu la patience d’attendre le dîner. Monsieur était pressé, il a fait le coup le ventre vide. De la sorte il ne pourra pas invoquer pour sa défense la gaieté du dessert.

— Il est évident, disait le commissaire de police au juge d’instruction, que le vol a été le mobile du crime.

C’est probable, répondit Gévrol d’un ton narquois, c’est même pour cela que vous n’apercevez pas sur la table le plus léger couvert d’argent.

— Tiens ! des pièces d’or dans ce tiroir ! exclama Lecoq, qui furetait de son côté ; il y en a pour 320 francs.

— Par exemple ! fit Gévrol un peu déconcerté.

Mais il revint vite de son étonnement et continua :

— Il les aura oubliées. On cite plus fort que cela. J’ai vu, moi, un assassin qui, le meurtre accompli, perdit si bien la tête qu’il ne se souvint plus de ce qu’il était venu faire et s’enfuit sans rien prendre. Notre gaillard aura été ému. Qui sait s’il n’a pas été dérangé ? On peut avoir frappé à la porte. Ce qui me le ferait croire volontiers, c’est que le gredin n’a pas laissé brûler la bougie, il s’est donné la peine de la souffler.

— Bast ! fit Lecoq, cela ne prouve rien. C’était peut-être un homme économe et soigneux.